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12 clés

pour inventer le projet métropolitain du Grand Paris

Inventer le projet permanent
du Grand Paris
Pour une métropolisation
raisonnée
Du programme aux
scénarios actifs
Penser les territoires comme des
systèmes ouverts et complémentaires

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Pour une métropolisation raisonnée

Dans le processus d’élaboration du Projet métropolitain, l’énonciation d’une vision est indispensable. Il s’agit bien de répondre à la question : quelle métropole voulons-nous ?

Pour aborder cette question, il faut d’abord en prendre acte : le Grand Paris exprime un changement de donne, celui induit par la métropolisation. Il ne s’agit plus aujourd’hui « d’être pour ou contre ». Toute l’ambition collective doit être mise au service d’une perspective : « raisonner » ce processus de métropolisation qui, compte tenu de la prégnance des flux de tous ordres, intègre et disloque, tout à la fois, les territoires du Grand Paris.

Cette ambition d’une métropolisation raisonnée n’oppose pas l’objectif d’une métropole mondiale à celui d’une métropole pour ses habitants ou à celui d’une métropole soucieuse de ses ressources. Elle ne passe pas non plus par une simple juxtaposition de ces trois objectifs. Elle exige de les revisiter en permanence, pour en réduire les contradictions et en garantir la compatibilité.

C’est là tout le sens du Projet métropolitain.

Le Projet métropolitain peut être un élément décisif pour construire un destin commun aux habitants du Grand Paris. Un outil de « construction sociétale ».

Confronté aux difficultés à piloter les grandes mégapoles imbriquées dans une mondialisation économique débridée, il s’agit de redonner au politique la capacité de maîtriser la trajectoire humaine de cette ville-monde. Le Projet permanent, itératif, mixant les échelles et les acteurs fonde la démarche proposée et permet de rassembler les énergies multiples, encore trop éparpillées et isolées, du territoire métropolitain.

Alors pour fédérer, au-delà de cette méthode clairement évolutive, le Projet métropolitain doit se forger une vision claire de sa destinée, un horizon à atteindre, une représentation précise du futur souhaité. Immergés dans le contexte mondial, européen, français, les millions de citadins qui forment malgré tout une communauté de destin et les forces vives doivent pouvoir s’engager dans ce processus, s’approprier les enjeux, exprimer leurs volontés, adhérer et contester les contenus du Projet. Débattre, agir, concevoir le Projet in itinere nécessite cette « délibération » initiale sur le sens commun du Projet, sur son horizon, sa vocation, le dessein à long terme du Grand Paris métropolitain et de ses habitants. Le Conseil scientifique de l’AIGP considère, de par sa mission - le travail réalisé par les équipes à toutes les échelles et sur l’ensemble des enjeux traités - et de par les expertises multiples mobilisées, être en situation de nourrir ce débat dont élus, institutions, organismes techniques et toutes les forces vives du Grand Paris doivent se saisir.

Sans définition claire de cet horizon, le projet serait condamné à louvoyer, soumis aux conjonctures, aux jeux d’influences, à la tyrannie du monde contemporain où l’immédiateté, la dictature de l’urgence et le compte Twitter font office de boussole un peu folle. A l’instar des deux grands exemples de Projets métropolitains de l’ère moderne qui ont marqué l’histoire et la géographie parisienne, celui de Haussmann-Napoléon III et celui de Delouvrier-De Gaulle, il s’agit tout autrement d’apprivoiser le temps court de l’économie et du social pour les mettre au service du temps long de la ville et de la vie des générations de citoyens qui la construisent.
Pour l’Atelier, cet horizon doit se construire autour de la confrontation de trois grandes idées qui sont constitutives de cette nouvelle ambition et qui doivent pourvoir forger ensemble une Éco-métropole mondiale et citoyenne.

Une métropole européenne mondiale

Le premier paradigme, c’est l’ADN du Grand Paris Métropolitain, son histoire, son héritage, ce qui fait sa force incomparable, cette formule exceptionnelle, Paris-Capitale de la France et Ville-Monde. Cette double identité, inédite, inscrite depuis près de 1000 ans dans un État nation, et depuis des centaines d’années au coeur des mondialisations successives de l’ère moderne, n’a pas d’équivalent et constitue un patrimoine, un atout majeur dans le contexte actuel : première destination touristique mondiale et ville hyper-médiatisée, pôle évènementiel majeur, lieu de rayonnement culturel, siège de grandes entreprises mondiales, concentration de filières industrielles et tertiaires diversifiées et de recherche fondamentale et appliquée, présence d’un Hub aéroporturaire majeur en Europe et au coeur d’un réseau à grande vitesse connecté à l’hinterland français et aux grandes régions économiques européennes. La signature économique de Paris Région est sans équivalent, résiliente, polyvalente, en capacité d’absorber les bouleversements produits par les transformations accélérées de l’économie mondiale.

Loin d’un « Paris Bashing » en vogue, les atouts du Grand Paris sont immenses avec des porte-drapeaux liés profondément à ses ressources et son histoire. Encore faut-il reconnaître cette identité mondiale et bâtir une stratégie de renforcement de ces qualités plutôt que plaquer des concepts économiques venus d’ailleurs, inadaptés à notre territoire, dignes de la théorie de la machine à café et de clusters parachutés. Il n’y pas de clusters, cloisonnés dans leurs spécialisations, sur le territoire du Grand Paris. Il y a une grande Mégapole universelle qui parle au monde, qui résonne avec l’armature économique et territoriale française et qui ancre l’Europe dans une modernité propre, fidèle aux valeurs sociales et humaines du continent.

Vers l’Éco-métropole

Le deuxième paradigme pose l’immense question de la soutenabilité de l’activité humaine sur terre et de sa « déclinaison » métropolitaine. Inséparables enjeux car l’urbain devient dominant à l’échelle mondiale, la rareté de toutes les ressources naturelles effaçant la délimitation entre ville et campagne. C’est surtout un défi extraordinaire: réinventer un mode de vie compatible pour les femmes et les hommes, qui préserve la planète autant qu’il les préserve eux-mêmes.

Loin des climato-sceptiques, déclinant un discours mensonger de sacrifice de notre économie à l’aune de la question écologique, pendant que les autres continueraient à épuiser la planète, il s’agit d’abord de protéger la vie, celle de chacun d’entre nous, en tout premier lieu notre intégrité physique : pollutions, maladies, déséquilibres physiologiques, atteintes aux capacités cognitives et psychologiques, le mode de vie citadin actuel, Grand Paris compris, devient pour beaucoup difficilement supportable.

Le combat pour l’équilibre de la vie citadine et pour l’équilibre de la biosphère planétaire ne font qu’un. On ne peut les dissocier et cela demande une révolution mentale et culturelle : moins des citoyens, maintenant disponibles et pour une bonne part engagés, mais plutôt des décideurs, des institutions, des organisations collectives qui bloquent souvent ce chantier décisif. Et loin d’être un sacrifice économique, il s’agit, par la sobriété, d’abaisser les coûts de fonctionnement de l’activité en métropole, de réduire toutes les factures d’énergie, d’eau, de matières premières, mais également les factures sanitaires et sociales. Il s’agit d’atteindre une efficacité écologique indispensable pour fortifier l’économie du Grand Paris.

Recyclage, économie circulaire, transition voire rupture énergétique, stratégie environnementale, relocalisation, amplification des externalités positives de la concentration urbaine et réduction des déséquilibres qu’elle génère, les combats sont multiples. Ils changent d’échelle et de nature. Comment passer d’une politique de développement durable, affichage segmenté de diverses actions dont la multiplication des éco-quartiers constitue le symptôme épuisé, à une Stratégie Universelle, complètement intégrée au Projet et qui fonde de manière décisive l’Éco-métropole du Grand Paris ?

Grand Paris des habitants

La ville a inventé la démocratie qui s’est diffusée à toutes les échelles d’organisations collectives, devenant le modèle dominant pour la grande majorité de l’humanité. Mais, à présent, ce modèle doit se réinventer en particulier dans le monde occidental qui est confronté à une véritable déprise démocratique, un recul de la conscience citoyenne et du sentiment collectif de pouvoir, par la décision politique, influer sur le cours des choses. C’est vrai à l’échelle de la France et de l’Europe mais c’est, au sein du territoire national, vrai en tout premier lieu en Île-de-France, les autres grandes villes ayant depuis la décentralisation trouvé peu ou prou une forme lisible de gouvernement d’agglomération. Tous les efforts engagés depuis une dizaine d’années visent à redonner cette marge de manoeuvre aux représentants du peuple pour agir sur le sens du mouvement métropolitain et réduire les dysfonctionnements urbains qui dégradent la qualité de vie des franciliens.

Autant dire qu’au-delà des changements administratifs et institutionnels qui rencontreront inéluctablement le scepticisme populaire du moment, le Projet est l’objet de la réforme qui, dès à présent, peut engager la refondation démocratique du Grand Paris.

Il faut donc pour cela qu’il soit un sujet de discussion, de préoccupation, un objet identifié par les citoyens, un vecteur de transmission des messages, demandes, peurs et espoirs de chacun, en bref, que chacun puisse croire au Projet, forge son Projet métropolitain et qu’il puisse le partager, le confronter, que progressivement émerge un espace public du Projet métropolitain.

Le quotidien, la qualité de vie, l’hospitalité, le confort, la proximité, de nombreuses valeurs et concepts ont été défendus, ici et ailleurs, pour faire entendre une vision « humaine » du fonctionnement métropolitain, une vision qui part de l’angle de vue des citoyens, qui réponde à leurs besoins et à l’évolution constatée des modes de vie. L’ implication directe ou médiatisée des citoyens dépend de la capacité du système de fabrication du Projet à les entendre, les écouter, les faire réagir.

Des outils aux méthodes, de l’engagement des élus pour mettre en débat, de la mobilisation des acteurs associatifs, universitaires, chercheurs, des corps intermédiaires (syndicats, entreprises), de l’utilisation des technologies numériques aux réseaux sociaux, des conférences de consensus à la création d’universités populaires du Projet, toutes les capacités à créer cet espace public sont à utiliser.

Mais pour réussir cette entreprise et atteindre l’objectif d’une réappropriation générale du processus démocratique de décision jusqu’aux citoyens, deux conditions sont indispensables :

L’urgence : le scepticisme démocratique et l’acuité des crises vécues par les citoyens (logement, transport, emploi…) imposent de produire vite des réponses (même très partielles) aux aspirations exprimées. Le projet n’est pas un long moment d’élaboration puis de mise en oeuvre, il est permanent aussi parce qu’il doit construire en chemin sa crédibilité démocratique par l’adaptation des mesures prises aux situations vécues par les habitants.

Le projet pour tous, l’inclusion : le niveau d’inégalités sociales, de ségrégation urbaine, atteint dans un certain nombre de territoires du Grand Paris, rend difficile, si ce n’est impossible, l’implication des parties à égalité de « voix ». La démocratie participative du projet peut alors confiner à un club des inclus ignorant largement les enjeux des exclus, contribuant à la constitution de sociétés urbaines « séparées ». L’inclusion dans le Projet métropolitain de toutes les populations engage donc, comme pour la question écologique, l’affirmation préalable d’une vision solidariste du territoire qui pose le principe de réduction des inégalités territoriales.

Ces deux principes du Projet, « dès maintenant » et « nous tous », constituent des piliers du Grand Paris citoyen et d’une véritable démocratisation de la démarche. Et les résultats des élections municipales par le niveau d’abstention atteint illustrent autant l’urgence de la structure politique nouvelle que l’obligation de répondre vite par le projet et relancer ainsi un espoir de changement.

Vers une représentation partagée, en continu de la métropole

Bâtir la version française, parisienne de la métropole monde, de la métropole des habitants, de la métropole écologique, ce n’est pas additionner ou juxtaposer des concepts et habiller d’un voile de développement durable et solidaire un modèle générique.

Il s’agit par l’histoire, la géographie, la Culture, l’environnement, le contexte, les femmes et les hommes du Grand Paris de viser cette grande ambition, un Grand Paris solidaire, qui a ses propres lectures de l’économie, de l’écologie, de la démocratie, moins en contradiction qu’en dépassement.

Combiner en permanence les intentions qui relèvent de chacune de ces 3 clés : une métropole européenne mondiale / vers l’Éco-métropole / le Grand Paris des habitants , tenter d’en dépasser les contradictions, cela revient en quelque sorte à faire du Projet métropolitain le processus de production en continu d’une représentation partagée, lisible par tous, de la métropole et de ses transformations.