Habiter le grand Paris - Exposition au 104 - AIGP
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12 clés

pour inventer le projet métropolitain du Grand Paris

Inventer le projet permanent
du Grand Paris
Pour une métropolisation
raisonnée
Du programme aux
scénarios actifs
Penser les territoires comme des
systèmes ouverts et complémentaires

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Du programme aux scénarios actifs

Le programme quantitatif de la métropole est d’ores et déjà donné, avec, notamment, l’objectif de réalisation de 70 000 logements par an et sa territorialisation à travers la TOL, la construction des nouvelles lignes de transport NGP, les CDT, le SDRIF,… Et pourtant, ces données additionnées ne peuvent constituer un projet, tout simplement par emboitement de leurs échelles respectives, à la recherche d’une vaine cohérence spatiale, entre le local et le métropolitain.

En lien avec la méthode, de Projet permanent, et une vision affirmée d’une métropolisation raisonnée, les scénarios actifs inventent une forme nouvelle de stratégie d’intervention sur les territoires. Il s’agit d’expérimentations sur le terrain, menées avec les habitants, les élus et les acteurs publics et privés qui permettent d’explorer des orientations de projet de territoires.

Les scénarios actifs ouvrent le champ des possibles :

Penser conjointement habitat, activités, déplacements et Culture

Les programmes majeurs de la métropole - le réseau Nouveau Grand Paris et l’objectif de production de 70 000 logements - visent à répondre aux crises aigües vécues par les franciliens : une mobilité subie dégradant la vie quotidienne, une exclusion d’une part grandissante de la population d’un logement digne. Il faut malheureusement constater l’impuissance des processus en cours malgré les déclarations d’intention et la multiplication des moyens affectés aux politiques publiques de transport et du logement qui n’arrivent pas à endiguer ces phénomènes. En continuant à concevoir et à programmer séparément habitat, activités, déplacements et Culture, les nouveaux investissements viennent en contradiction avec les forces métropolitaines enchevêtrées au lieu de s’appuyer dessus.

À son achèvement, le Métro du Grand Paris Express (MGPE), ne desservira que 60% des habitants de la première couronne et 12% de ceux de la grande couronne (situés à moins de 3 km des gares actuelles et futures). Il n’est pas, dans le temps et dans l’espace, pris isolément, la réponse globale à la crise des transports et le moyen d’atteindre l’objectif des 70 000 logements. Il doit se penser simultanément aux autres fonctions urbaines. Au-delà du seul transport collectif, l’articulation des multiples modes, vitesses et échelles de l’accessibilité sur les territoires, doit faire évoluer les localisations d’entreprises et contribuer à rapprocher les habitants de leur lieu de travail.

Le défi du Projet métropolitain, c’est de changer d’angle de vue, penser conjointement habitat, activités, déplacements et Culture et par la stratégie des scénarios actifs, mobiliser l’ensemble des acteurs, privés et publics, dans une situation de projet.

La fiscalité comme levier d'un aménagement

En augmentant la rente foncière autour des gares et dans les grandes opérations d’aménagement, le risque est d’amplifier la fuite des populations et des entreprises vers les territoires de grande périphérie. Seule une politique foncière et fiscale efficace peut permettre de développer une solidarité territoriale. Elle doit s’accompagner de projets concrets qui prouvent la capacité de tous les territoires d’accueillir une programmation ambitieuse.

70 000 Logements, où, comment, lesquels ?
La question est plutôt de rendre partout la métropole habitable

La crise du logement mine le pacte métropolitain. Mais, l’énonciation d’une ambition quantitative, 70 000 Logements, n’est pas, par elle-même, la solution à la question posée. D’abord, parce que la question fondamentale n’est pas seulement quantitative, elle pose fondamentalement la question de l’habitabilité de la métropole, de l’environnement, des aménités, des services de qualité pour les lieux de vie. La qualité du logement et de son environnement est consubstantielle à la quantité. Il y aurait un grave danger à construire partout où des terrains se présentent sans penser aux autres nécessités de l’habitat : voisins, équipements, écoles, services, emplois et proximité des transports en commun. Or, les lieux où il est possible de construire ou d’agrandir de vrais quartiers sont évidemment le plus souvent situés sur les terrains les plus isolés qui devraient muter mais qui restent figés, sans valeur parce qu’occupés, enclavés, bordés, non reliés, sans adresse, sans visibilité. C’est pour cela qu’ils ne sont pas construits.

Le Grand Paris offre une grande diversité de formes d’habiter et d’urbanité, il faut continuer à innover dans les formes architecturales, tirer parti des évolutions des modes de vie et d’usage de la ville, il faut introduire la mixité et la mutualisation des fonctions quand elles sont absentes, anticiper et accompagner les évolutions démographiques et générationnelles, répondre concrètement au défi énergétique et climatique. La mise en oeuvre de cet ambitieux programme offre l’opportunité de prendre concrètement en compte les évolutions des modes d’habiter et de pratiquer la ville, qu’ils se basent sur la mutualisation des fonctions (covoiturage, cohabitation, coworking ...) et/ou sur l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), e.commerce, réseaux sociaux ... Il offre également l’opportunité d’intégrer de manière décisive les plus précaires à une politique du logement en répondant partout à la demande sociale et au desserrement résidentiel.

Intégrer le grand boulversement de léconomie métroplitaine

Après la désindustrialisation, la dé-commercialisalition c’est la détertiarisation physique des mégapoles des pays développés qui s’annonce. Aujourd’hui, 2/3 des emplois des mégapoles sont liés aux services tertiaires mondialisés, régionalisés localement. Le développement de la numérisation crée des emplois mais délocalise leurs conditions d’exercices. Cette (r)évolution oblige par exemple à repenser la question des emplois de services à la personne qui contribuent au meilleur confort des très grandes villes, et donc à mieux vivre.

Si le Grand Paris présente une forme originale d’insertion dans l’économie mondiale, polyvalente, aux avantages particuliers, il est aussi percuté par ces changements majeurs de régime de production et les bouleversements qu’ils déclenchent dans l’espace économique métropolitain. Plutôt que subir ces processus, les scénarios actifs doivent permettre de penser en réseau le tissu économique métropolitain, ses liens, ses filières, ses articulations avec la recherche, l’université, l’appareil de formation. L’accentuation des inégalités socio-spatiales territorialisées génère, en particulier du fait du chômage des jeunes, ce que d’aucuns ont dénommé des « poches de mal être », voisinant des espaces d’activités souvent à haute valeur ajoutée. L’affaiblissement de la cohésion sociale ne peut que trouver ses répercutions au niveau économique. La territorialisation du développement permet d’enclencher, sur le moyen terme, des dynamiques vertueuses. La nécessité de mieux maîtriser les mouvements en cours, générateurs de mal vivre et d’inégalités, doit être une question importante dans les scénarios actifs du Projet métropolitain.

Mettre en système habitat, activités et déplacements par les scénarios actifs doit aussi permettre de dépasser l’alternative entre la ville compacte (de la grande vitesse) et le périurbain (des grandes distances) et d’affirmer avec force que la mobilité est nécessaire mais non suffisante au bonheur du grand parisien.

Intégrer les mutations de la ville existante au scénario du changement

Demain, l’attention va être focalisée sur les « grands projets du Grand Paris », de Saclay à Roissy, aux multiples quartiers de gare qui s’annoncent. Et pourtant la réalité métropolitaine va, tout autant, évoluer au travers de la multiplicité des « petits projets » et des transformations discrètes de l’espace métropolitain, qu’elles soient portées par des associations d’habitants, par des mairies ou par les acteurs économiques.

De la même manière, alors que le regard de l’opinion publique sera concentré sur les mutations urbaines autour d’Orly ou de Villejuif, l’action du privé qui opère à Bagneux, ou le long de la Francilienne... risque de passer inaperçue et de ne pas être intégrée au système de transformation métropolitain.

La réalité de la transformation métropolitaine est bien plus diffuse et généralisée que les seuls grands projets. Dès lors, le scénario utile et pertinent de la mutation métropolitaine, capable de gérer les incertitudes et de valoriser les opportunités liées à cette transformation, est à engager immédiatement.

Se saisir du « déjà-là » et de ses multiples potentiels, demande au projet de repartir des espaces, au croisement de multiples transformations physiques et sociales, qui sont le support des nouvelles relations entre territoires métropolitains. Valoriser les réseaux d’infrastructures, les franges périurbaines ou des délaissées ferroviaires, dans leur capacité à structurer une urbanité nouvelle, demande de penser davantage en termes de recyclage de territoires existants que d’extension urbaine.

Cette logique du recyclage implique une toute autre logique de fabrication de la ville. Dans tous ses aspects et à toutes les échelles, il remet en question toute la chaine de production du bâti depuis le foncier jusqu’aux filières constructives en passant par l’économie des ressources naturelles, la réduction des déchets, le réemploi... Cela peut induire le basculement de grands espaces existants - transformation des zones asphaltées, zones commerciales, logistiques et d’activité, foncier invisible dans les zones à risque - et permettre de combiner projet énergétique et transformation du « déjà-là ».

La logistique, la grande distribution et les services urbains sont structurants de la forme de la métropole. Alors qu’ils apparaissent aujourd’hui comme les grands oubliés du Projet métropolitain, leur intégration fine participera pleinement à son ambition durable et à sa résilience. Inscrire ainsi la logistique au plus près des besoins, concevoir des programmes mixtes qui intègrent des dispositifs de stockage et de distribution de l’énergie, profiter de toutes les occasions de récupération de l’énergie, organiser les systèmes hydrauliques, sont autant de contributions à la mise en place d’un métabolisme urbain.

Le Projet métropolitain doit permettre l’intégration de l’ensemble de ces registres du changement.

Articuler action foncière et aménagement de l’espace public métropolitain

La ségrégation socio-spatiale et les dynamiques inégalitaires croissantes accompagnent jusqu’ici les processus de métropolisation. La métropole est un espace de flux mais ces derniers ne font pas nécessairement liens. L’espace métropolitain reste fragmenté, haché par de multiples coupures. Le Projet métropolitain doit être le support d’un travail collectif de désenclavement, de structuration des liens métropolitains. Il s’agit à toutes les échelles de mailler les lieux, de garantir à chacun les possibilités d’accès à la diversité des situations métropolitaines, de constituer « l’espace public métropolitain ». L’enclavement caractérise les territoires du Grand Paris et forme un labyrinthe impraticable de voies, coupées par les tuyaux des voies ferrées et des autoroutes.

Condition première de la ville démocratique, les avenues, les rues, les boulevards sont « Res Publica ». Sans ce réseau, les évolutions des quartiers s’orientent inéluctablement vers une même tendance observée sur toute la planète : privatisation ou ghettoïsation. Ces lignes de liens portent en germe les formes de la vie urbaine, elles sont une base sur laquelle il faut s’appuyer. De ces lignes de vie se dégage une ébauche de réseau qu’il faut tisser. C’est lui qui assemble la perception et la connaissance de ville comme un annuaire, un carnet d’adresses « physique ».

Par exemple, Les grandes rocades autoroutières apaisées offrent de nouvelles opportunités de projet. Elles ne constituent pas des limites mais au contraire peuvent devenir support de transport en commun et ouvrir la voie à des formes inédites d’urbanisation riveraine. Le foncier disponible est important aux abords de ces voies et, aujourd’hui, il s’avère sous- exploité ou occupé par des échangeurs de voies rapides. Cette réflexion doit être croisée avec la question d’une nouvelle tarification des transports.

Désenclaver les quartiers sociaux pour les inclure dans l’ensemble du territoire métropolitain. L’espace public métropolitain appartient à tous et confère à tous une appartenance métropolitaine.

Tous les quartiers doivent être liés par cette continuité spatiale. Car les lieux importent plus encore que les flux et les liens doivent être tendus entre tous les quartiers alors que la métropole présente aujourd’hui une figure très fragmentée.

Cartographier les chaînes agrégatives existantes ou en tisser de nouvelles, c’est permettre de visualiser avec les élus de la métropole, les habitants de la région, les urbanistes et architectes, un « récit » de la ville qui active le marché foncier et prépare l’accueil du logement dans des zones impropres aujourd’hui. Rendre le foncier « viable », c’est-à-dire désenclaver par un projet d’urbanisme à l’échelle d’un quartier, stimulera le commerce foncier là où il n’y en a pas ou trop peu et préparera l’accueil du logement.

Combiner les échelles de la métropole

Le Projet métropolitain ne se limite pas au périmètre institutionnel de la future Métropole du Grand Paris ; cela fait aujourd’hui consensus. Il convient de supprimer la notion de périphérie, de valoriser le local et de construire un récit métropolitain pour tous.

Au-delà des départements de première couronne, les pôles majeurs comme les aéroports de Roissy et d’Orly, des territoires d’intérêt national comme ceux de certains établissements publics d’aménagement, le Plateau de Saclay, les villes nouvelles, sont autant de projets qui pèsent dans la fabrique de la métropole. Il faut inventer des systèmes relationnels qui, au-delà des logiques de flux et d’échanges, des marchandises, des biens et des personnes, construisent un territoire ambitieux mégapolitain.

Au-delà de l’A104, au-delà des limites de la Région, on trouve une grande hétérogénéité, des moyennes et petites villes, des villages, des terres agricoles, des zones d’activités et de logistiques… aucun schéma directeur n’a pu contrer la croissance démographique dans les départements de grande couronne, ni la progression de l’urbanisation sur les terres agricoles. Ces territoires se fabriquent eux-mêmes sans plan à grande échelle, sans récit. Le SDRIF actuel donne des objectifs et un nouveau cadre qui rejoignent en partie des propositions des équipes de l’AIGP. Au regard de ces nouvelles donnes, il faut refonder le vocabulaire de la ville, en lien avec les ressources naturelles, les énergies alternatives, la gestion des eaux, préserver la géographie, le grand paysage. Il faut développer des projets ambitieux, qu’ils soient logistiques, commerciaux, résidentiels en lien avec la nature. Au-delà de la ville compacte, le Projet métropolitain doit promouvoir et développer les diversités d’habiter la métropole. Il faut donc imaginer un vrai Projet au-delà et autour de la Francilienne.

Mailler les réseaux pour garantir l’accessibilité de tous

Le métro du Nouveau Grand Paris ne pourra pas résoudre l’accessibilité métropolitaine à tous. Sa réalisation sera complexe et coûteuse pour un résultat insuffisant. Certaines lignes peuvent être repensées avec une approche plus systémique, ancrée dans la réalité territoriale, du paysage et des quartiers traversés.

La résolution de l’accessibilité de tous les habitants et actifs du Grand Paris aux ressources métropolitaines doit être abordée globalement en tirant parti de tous les dispositifs, actuels et potentiels, participant du système des mobilités (Bus à haut niveau de service type TZen, modes « actifs », covoiturage,...). Ce dispositif doit être pensé à l’échelle des grands territoires de la Métropole du Grand Paris et de la Région Île-de-France et plus uniquement comme des rabattements sur Paris ou sur les RER.

Cette mise en réseau des réseaux constitue un véritable scénario actif dans lequel vitesse et longue distance sont coordonnées dans tout le territoire avec lenteur et proximité. Plus qu’un système de transport il s’agit d’un projet qui s’adresse à tous les usagers du Grand Paris. Ce système de mobilité, décliné à toutes les vitesses et dans tout le territoire francilien, sera à même d’offrir de nouveaux parcours, révéler des proximités, et garantir à chacun les possibilités d’accès à la diversité des situations métropolitaines, dans son territoire de vie, et dans la Métropole toute entière.

Inventer les nouvelles figures de la centralité

Les lieux comptent davantage que les flux car ce sont les lieux qui fabriquent un sentiment d’appartenance métropolitaine, qui structurent le territoire et rassemblent les populations. La Métropole du Grand Paris s’est construite, dans l’histoire, selon un modèle monocentrique, organisé autour de Paris. Essayer, au travers du Projet métropolitain, d’en faire une métropole polycentrique, au sens d’un espace organisé autour d’une multiplicité de pôles équivalents, sera difficile. Cette notion de polycentrisme n’est pas en question mais doit être précisée, car les figures de la centralité doivent être repensées sur tout le territoire et à toutes les échelles.

Les centralités linéaires des routes départementales doivent être réinventées. Elles offrent un potentiel de développement économique et commercial important, de maillage métropolitain à grande échelle, de grand paysage. Elle peuvent être le lieu de contact entre de nombreux quartiers offrant des diversités sociales, architecturales et urbaines. Ces voies constituent un vrai patrimoine métropolitain.

Les villes nouvelles ou assimilées ont des équipements récents et nombreux et doivent jouer un rôle de centralité qu’elles ne remplissent pas suffisamment aujourd’hui. Ces villes de création récente ont besoin d’être repensées et continuées. Elles possèdent des disponibilités foncières encore importantes qui permettent de leur redonner l’attractivité et la qualité nécessaires à leur équilibre et social et à leur développement économique.

Les micro-centralités des espaces d’urbanisation dispersée, en valorisant la qualité du lieu et la proximité, participent au développement économique et social, et garantissent une meilleure intégration de ces territoires dans la métropole.

Dans tous les territoires, on peut imaginer un fonctionnement en réseau, voire l’organisation d’une trame qui implique une mutualisation des investissements et une bonne accessibilité pour tous de chaque centre. C’est le local métropolitain qu’il faut réinventer à partir d’un réseau de centralités déclinées à toutes les échelles, car une métropole « horizontale », moins hiérarchisée, confère un rôle plus important au local.