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Les formes de la métropole, un inachèvement perpétuel – ANTOINE GRUMBACH ET ASSOCIÉS

Les formes de la métropole, un inachèvement perpétuel - ANTOINE GRUMBACH ET ASSOCIÉSLe fait métropolitain est un système complexe, en transformation permanente. Les réflexions sur sa forme et sa représentation sont incontournables dans la discussion sur la métropole du Grand Paris. Il faut pour cela appréhender le thème d’une « forme sans limites » de la métropole, et admettre son perpétuel inachèvement… Comment penser une forme qui n’a pas de limites ?

Antoine Grumbach / architecte-urbaniste

COMMENT PENSER UNE FORME SANS LIMITES ?

Constat « Le désordre est simplement un ordre que nous ne sommes pas encore capables de reconnaître. » Henri Bergson, L’Évolution créatrice, 1907.

Un gigantesque territoire équivalent d’une terra incognita a pris naissance après la Seconde Guerre mondiale. Sur tous les continents, des formes d’étalement urbain ont bouleversé la notion de la ville classique, faite de continuités et où le piéton était roi. Un étalement urbain amorcé au XIXe siècle le long des lignes de chemin de fer, qui s’est amplifié de façon anarchique avec le développement de l’automobile et des infrastructures routières rapides. Un territoire qu’aucun néologisme ne parvient à décrire, en témoignent ces quelques expressions : « étalement urbain » en français ; « sprawl » en anglo-américain ; « città diffusa » en italien ; « zwischenstadt » en allemand, etc. Un territoire qui donne l’impression d’une ville sans habitants car la rue, espace public traditionnel, lieu de rencontres et d’échanges, a disparu au profit d’un ensemble d’équipements tels que les centres commerciaux entourés d’une mer de parkings ou de gares, trop souvent au milieu de nulle part, désertés dans la journée. Le piéton est devenu un conducteur et la vision du paysage au travers du pare-brise renvoie au cinéma, dont le développement accompagne celui de la voiture individuelle. Ces vastes territoires, métropoles ou mégapoles sans limites et sans formes partagées, font l’objet d’une stigmatisation abusive. Cela est d’autant plus préoccupant qu’ils sont depuis 2008 le cadre de vie de plus de la moitié de la population mondiale. La connaissance de l’espace métropolitain est redéfinie par la révolution informatique. Un espace sans limites, en transformation permanente, est mis en évidence. La possibilité de saisir les rapports du temps et de l’espace est rendue lisible. L’instantanéité façonne paradoxalement une intelligence des lieux apparemment hors de tout contexte. Face à cette nouvelle perception du territoire se pose la question des repères et de la nécessité d’une représentation collective et partagée de ces territoires.

Caractéristiques des territoires métropolitains « Lire le réel comme un texte. » Walter Benjamin

Une confusion extrême accompagne les réflexions de tous ceux qui réfléchissent à la gouvernance et aux outils de planification urbaine d’une situation généralisée à l’échelle mondiale. Tous les acteurs de l’aménagement, politiques et professionnels, semblent animés du même tropisme qui consiste à organiser un projet et à tenter de l’achever, ce qui implique une fin donc une mort programmée. Le concept de « garantie de bon achèvement des bâtiments » ne peut en aucun cas être extrapolé à un mythique achèvement des territoires et des grands projets métropolitains. Une ville achevée est une ville morte. La faillite des urbanistes et des politiques vient de leur incapacité à concevoir que les métropoles sont en « inachèvement perpétuel ». En témoignent les débats stériles sur les limites des agglomérations. Toutes les tentatives de limiter les différentes formes de croissance métropolitaine se sont avérées vaines. Forts de cette certitude, nous avons initié une complicité intellectuelle et un échange avec des acteurs qui travaillent dans l’aménagement du territoire, les sciences humaines (philosophie, sociologie, économie…) et les sciences « dures » (biologie, climat, astronomie, mathématiques…) et qui ont le sentiment d’être confrontés à une forme ou à un système sans limites. Non dans le but de trouver une « solution » au problème de la gouvernance métropolitaine mais dans celui de considérer ce que la recherche et l’expérience au sens large ont à apporter à la compréhension du phénomène des métropoles. La discussion sur les moyens d’analyser et de représenter la complexité et le mouvement perpétuel apporte un éclairage sur le contexte dans lequel sont aujourd’hui conduites les discussions parlementaires autour de la mise en place des métropoles. Elle a vocation à être partagée avec tous les acteurs du Grand Paris.

Simon Ronai / géographe

DE LA CONSULTATION DES ANNÉES 2008-2009 À LA RÉFLEXION SUR LES SYSTÈMES MÉTROPOLITAINS

Dès la première étape de la consultation du « Grand pari(s) de l’agglomération parisienne », lancée en 2008 autour de la métropole de l’après-Kyoto, notre équipe avait fait un pas de côté en traitant d’un territoire s’étendant de Paris au Havre tout au long de la vallée de la Seine : Seine Métropole. Cette rupture volontaire avec l’espace traditionnel du Grand Paris s’expliquait déjà par l’idée qu’une ville comme Paris, qui veut maintenir son rang de « ville monde » en perpétuel inachèvement, ne pouvait plus simplement s’incarner dans un espace fini, géographiquement bien délimité, et bien circonscrit sur le plan politique et administratif. Cet exercice, qui a porté des fruits notamment avec la création d’Haropa, qui réunit les grands ports maritimes du Havre et de Rouen et les ports de Paris, et la mobilisation des diverses collectivités territoriales concernées, nous a confortés dans l’idée que le fait métropolitain est un système complexe imbriquant des échelles qui bousculent les frontières et les limites des périmètres de gouvernance habituels, encore largement fondés sur la ville historique et le pouvoir communal. Globalisation et décentralisation sont des phénomènes apparemment contradictoires qui soulèvent la question de la capacité des acteurs d’un territoire métropolitain à répondre aux enjeux contemporains du développement à l’échelle appropriée, en intégrant toutes les conséquences contradictoires du système en réseau qui s’est développé au cours de ces dernières années. L’interrogation sur la grande échelle, les réflexions sur la forme métropolitaine, la représentation des interdépendances sont des questions d’actualité au moment où la gouvernance est entrée de plain-pied dans le débat politique jusqu’à la décision de créer la « métropole du Grand Paris » par une loi votée en seconde lecture à l’Assemblée nationale le 19 décembre 2013. Lieu de vie de 6,5 millions d’habitants, cette métropole est-elle à la hauteur des enjeux de gouvernance de l’agglomération ? À ce moment, sans reprendre ici tous les arguments des uns et des autres sur la définition de ce nouveau territoire, il importe de mesurer les risques pour Paris, capitale d’un pays qui ne représente que 1 % de la population mondiale, de basculer du milieu vers la périphérie du nouvel ordre mondial si une autre approche des limites n’est pas rapidement mise en oeuvre en croisant l’échelle de l’agglomération et l’échelle du monde. Convaincus que l’absence actuelle de représentation commune et acceptée de la métropole du Grand Paris, de sa réalité spatiale, de sa délimitation physique et conceptuelle constitue un frein à son développement et à sa reconnaissance, nous proposons une recherche pour comprendre ce qu’est un territoire sans limites… Et quelles conditions devraient être réunies pour l’incarner dans une représentation partagée, préalable nécessaire à toute volonté de refonte du système institutionnel et politique existant.

Catherine Piekarec / urbaniste

PRÉSENTATION DES CONTRIBUTIONS À LA RECHERCHE SUR UN TERRITOIRE SANS LIMITES

Les débats autour du devenir institutionnel de l’agglomération parisienne soulèvent le questionnement de notions conceptuelles qui, par analogie de langage, invitent à étendre le champ de la réflexion sur le fait métropolitain au-delà de sa dimension géopolitique. La tentative d’enfermer la métropole dans un schéma de gouvernance pose plusieurs difficultés. Celle de la dimension de cette métropole du Grand Paris, de sa délimitation, donc. La notion de limite, si elle revêt un caractère nécessaire pour borner l’action publique, soulève des contradictions majeures. Historiquement, la « frontière » est un fait récent (Hervé Le Bras) et l’autorité politique a pu s’exercer sans elle, et dans des ensembles territoriaux discontinus (cas de l’Empire vénitien tel que présenté par Philippe Panerai). Le caractère fractal des limites induit une réalité mouvante et une pertinence variable des périmètres et des phénomènes qu’ils délimitent selon l’échelle considérée. C’est aussi vrai du point de vue de la physique quantique qui, appliquée aux nanotechnologies, dévoile des propriétés différentes d’un même matériau selon l’échelle d’étude (Vladimiro Mujica), que des frontières naturelles (Denise Pumain explique comment la géographie par nature ne peut constituer une limite définitive à toutes les échelles) et de l’étude des activités humaines et économiques. La mondialisation des flux n’a pas déconstruit la limite, puisque des représentations et des identifications persistent à l’échelon de la ville traditionnelle (Daniel Mintz développe le fait de la double appartenance au local et au « global village ») et constituent l’espace vécu des individus, celui de l’expérience quotidienne de la ville (Dinah Diwan écrit sur le vertige du vivre dans un espace-temps dilaté par les systèmes de transport et de communication). La transgression perpétuelle des limites traditionnelles invite à penser l’espace selon sa dimension humaine, celle qui est fondatrice des sociétés, et qui est la plus absente des réflexions institutionnelles. L’absence de concordance entre les frontières et la réalité des activités humaines est une évidence que la statistique illustre mais dont le caractère statique induit l’obsolescence instantanée du diagnostic vis-à-vis du phénomène observé (Frédéric Gilli). Sans renoncer à leur ancrage local, les individus vivent et échangent dans une métropole globale en métamorphose permanente (Chris Younès). En ce sens, comme le disait Kant, chaque frontière est positive. Ce qui délimite fait aussi lien, c’est ce qui induit « des situations critiques indissociables de fortes potentialités de transformation et de transgression », pour reprendre les mots de Foucault. Cette notion de « situation critique » est présente dans nombre de récits mythiques ou religieux de cultures qui, à cet égard, expriment une inquiétude vis-à-vis du « risque d’agir de l’humain qui ne fixerait pas ses propres limites ». Si la nature de l’homme est d’être sans limites et de s’inscrire dans le progrès, une façon alternative d’envisager l’humain dans le monde serait de le faire en termes de « co-rythme » et de « nature-milieu » (Chris Younès). Jean-Robert et Léone-Alix Mazaud, en citant Beckett – « pour une abeille la ville c’est la nature » –, interpellent sur la place du vivant dans les réflexions sur le développement métropolitain. L’humain est, comme toutes les espèces, caractérisé par son milieu, qui n’est pas infini, mais borné par des « limites-fossés » qui dépendent de sa capacité à se réguler. Les limites-fossés, une fois franchies, entraînent l’effondrement de l’espèce. À ce titre, les histoires passées de civilisations disparues faute d’avoir régulé leur ponction sur les ressources naturelles, et celle, plus contemporaine, de la ville de Detroit, en faillite financière, témoignent du risque de ne pas projeter suffisamment l’humain dans son environnement, afin d’assurer la viabilité de ses villes. L’étude du vivant a ainsi inspiré plusieurs tentatives de modélisation des faits urbains. Selon Jean-Michel Kantor, mathématiques et urbanisme se heurtent à un même apeiron, ou limite à la capacité de réaliser cette ambition de comprendre pour mieux maîtriser les phénomènes qui nous entourent. Qu’est-ce que la métropole, s’il s’agit d’une forme sans limites dans laquelle le vivant et le social interagissent en disjonction croissante avec les cadres institutionnels et, plus encore, avec leurs milieux naturels ? En 2050, plus de 80 % de la population mondiale sera urbaine (ONU, World Urbanization Prospects, 2011). Il est intéressant de se souvenir alors qu’aux premiers temps de la constitution de la polis, au sens traditionnel, la ville était caractérisée non par son bâti, mais par le nouvel espace ouvert qu’elle créait, qui n’était pas celui de la nature, mais celui du politique. La recherche d’un nouvel espace public métropolitain n’est pas seulement un impératif démocratique (François Leclercq), c’est aussi une immense opportunité. Le développement des métropoles mondiales, impulsé par l’expansion des flux transnationaux, repose notamment sur le caractère infini et interconnecté des espaces logistiques. La capacité des différentes autorités organisatrices de ces activités à communiquer et à échanger « out of the box » dans une attitude de « positivisme créatif » (Theo Willemsen) peut se traduire de façon opérationnelle par la mise en réseau des autorités portuaires et la fédération des intérêts autour d’un projet collectif qui ne soit pas une simple duplication des schémas mentaux, sociaux, culturels, parfois incompatibles. Dans cet espace public métropolitain, une conscience commune peut émerger. C’est le rôle de la culture, qui, comme les villes, est en inachèvement perpétuel (Francis Nordemann) et porte des représentations romantiques qui ont une fonction fédératrice. Le rôle de la poétique métropolitaine est de faire prendre conscience de ce qui, dans les métropoles, fait exception et porte des divisions, mais constitue un paysage d’infrastructures et de lieux indispensables au fonctionnement des sociétés industrielles.

Les contributions à la recherche sur un territoire sans limites « La Nappe et la ligne », Jean-Louis Cohen « L’horizon ou la notion de limite dans le paysage », Michel Corajoud, paysagiste (choix de textes par Lena Soffer, paysagiste) « Sur le temps qui passe », Dinah Diwan, artiste « Les formes de la métropole, une question politique », Frédéric Gilli, économiste « L’inachèvement perpétuel », Antoine Grumbach, architecte-urbaniste « Quel modèle mathématique pour les mégapoles ? », Jean-Michel Kantor, mathématicien « La division des territoires », Hervé Le Bras, démographe « L’urgence d’un cadre sans limites pour le Grand Paris », François Leclercq, architecte-urbaniste « Le cyberespace, un espace urbain sans limites ? », Antoine Lefébure, historien « Mobilités et métropoles : de nouvelles limites, de nouveaux exclus ? », Éric Lesueur, ingénieur conseil ; Vianney Berjot, urbaniste consultant ; David Menasce, consultant « social business/entreprise et pauvreté » « Quelles limites pour la métropole organisme vivant ? », Jean-Robert Mazaud, architecte-urbaniste ; Léone-Alix Mazaud, master Stratégies territoriales et urbaines, Sciences-Po Paris. « Urban Constellations: The Epiphanic Field of Coincidence », Daniel Mintz, architecte, Dr. Talia Trainin « A View at the Nanoworld: Emerging Limitless Forms », Vladimiro Mujica, professor of chemistry, Arizona State University « La métropole : produit et matrice de la culture », Francis Nordemann, architecte-urbaniste « Une ville sans fin ? », Philippe Panerai, architecte-urbaniste « Métropoles en réseau : des interdépendances illimitées ? », Denise Pumain, géographe « Mondialisation et villes sans limites. Essai sur les formes métropolitaines du XXIe siècle », Simon Ronai, géographe « Métropolisation portuaire : systèmes sans frontières. La nécessité de penser et d’agir out of the box », Théo Willemsen, consultant expert portuaire (Rotterdam) ; Yann Alix, géographe (Le Havre) « Métamorphoses. Penser autrement la limite », Chris Younès, philosophe

Télécharger l’étude complète de l’équipe ANTOINE GRUMBACH ET ASSOCIÉS sur le thème « Systèmes Métropolitains »

ANTOINE GRUMBACH ET ASSOCIÉS, Membre du Conseil scientifique de l’Atelier International du Grand Paris
Étude réalisée pour l’Atelier International du Grand Paris – Commande «Systèmes Métropolitains du Grand Paris» / Octobre 2013

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