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La légende du Grand Paris, comment Paris est devenu grand ? – STAR STRATEGIES + ARCHITECTURE en collaboration avec MONU MAGAZINE / BOARD

La légende du Grand Paris, comment Paris est devenu grand ? - STAR STRATEGIES + ARCHITECTURE en collaboration avec MONU MAGAZINE / BOARDJe vais vous raconter la première légende de ce territoire appelé Grand Paris. Une histoire fictive basée sur la réalité ; une histoire innocente introduisant une critique forte ; une utopie peut-être… Une histoire qui regarde les choses différemment pour les redécouvrir à nouveau, et qui essaye de rendre plus beau et plus intelligible le rêve d’un Grand Paris.

0-Prologue : Le Mythe de Paris

La mythologie grecque raconte que, juste avant la naissance de Pâris, sa mère rêva qu’elle donnait naissance à une torche enflammée. Ce rêve fut interprété comme le présage de la destruction de Troie. L’enfant allait ruiner sa terre natale et devait donc être tué pour préserver le royaume. Le mythe révèle que le père de Pâris, incapable de tuer son fils, confia cette mission à un pasteur, qui à défaut abandonna Pâris sur le mont Ida en espérant qu’il y mourrait. Au grand étonnement de tous, Pâris n’est pas mort.

1_L’histoire de l’île

À l’origine, Paris était une île. La ville fut fondée sur l’une des îles de la Seine, l’île de la Cité. Le fleuve offrait une protection contre les occupations. Paris choisit d’être une île. Plus de deux mille ans après sa création, Paris était toujours une île ; une île entourée d’eaux imaginaires. Imaginaires pour vous, lecteurs, mais réelles pour ses 2,2 millions d’habitants. Les écoles parisiennes enseignaient que les habitants de l’île avaient créé un mécanisme très perfectionné et hautement sécurisé pour préserver l’île : le Périphérique – une double « ceinture » de 35 km de long –, qui chaque jour était activé par 1 million de « gardes », lesquels étaient vus comme une armée en charge des défenses extérieures – un bataillon de 1 million de soldats. Ce service était la raison des prix excessifs de l’île. Les habitants de l’île s’en moquaient ; ils se sentaient en sécurité et chanceux d’être à Paris. Les Parisiens ne savaient pas que la plupart des gardes étaient des étrangers qui chaque matin venaient travailler. Le paradoxe voulait que, en s’efforçant d’entrer, ceux-ci préservaient la sécurité de l’île. C’était l’aspect le plus sophistiqué du Périphérique et son secret le mieux gardé. Ces étrangers devaient signer le plus strict « pacte du silence » pour accéder à l’île. Les autorités parisiennes, qui avaient secrètement élaboré ce plan des années auparavant, étaient parvenues à préserver sa confidentialité. Paris était une île dans toutes les directions : elle ne pouvait ni s’étendre ni prendre de la hauteur.

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2_Paris n’est pas une ville, c’est un Monde

Les habitants de l’île ne manquaient de rien. Comme Charles V l’affirmait, « Paris n’est pas une ville, c’est un Monde ». Cependant, des légendes urbaines évoquaient l’existence d’endroits fantastiques en dehors de l’île, tel le mystérieux château de Versailles qui, selon certains, avait été construit par le roi lui-même à l’extérieur de l’île. Mais ces hurluberlus n’étaient pas pris au sérieux. Parmi les plus jeunes Parisiens, des rumeurs circulaient sur l’existence d’un parc fantastique, un endroit de rêve, un vrai paradis pour les enfants. Mais personne ne les croyait. Dans le 8e arrondissement, d’autres affirmaient avoir vu une silhouette indéfinie ressemblant à une version extraterrestre de l’Arc de Triomphe, et dans son parfait alignement. D’autres encore eurent même le courage d’affirmer qu’ils n’étaient pas de l’île, mais qu’ils venaient d’un endroit appelé Banlieue. Les autorités prirent des mesures particulières à leur encontre et les placèrent dans des institutions spécialisées. —

3_La première expédition secrète : « Bon Lieu I »

Grâce aux nouvelles technologies, les rumeurs se propageaient rapidement. Un nombre grandissant d’habitants commençait à se poser des questions sur cet endroit appelé Banlieue. Sous l’effet du « téléphone arabe », Banlieue se transforma en « Bann lieu » puis « Bonlieue »… jusqu’à finalement devenir le « Bon Lieu ». Ses connotations positives suscitèrent chez les habitants les plus curieux le besoin de vérifier son existence. Une première expédition secrète fut donc organisée : le « Bon Lieu I ». L’expédition ne fut pas simple. Quelle direction prendre ? Comment traverser la frontière hautement sécurisée ? Quand ? L’équipée choisit de sortir par le stade Paul-Faber, près de la porte Maillot. Placé au-dessus du Périphérique, le stade était en effet vulnérable et propice à une échappée belle. En outre, chaque nuit, de 21 heures à 6 heures du matin, une petite portion du Périphérique était libre de « gardes » pour maintenance technique. Le tour de la porte Maillot approchait. Ce serait le jour J.

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Tierra ! Tierra ! D’après Caspar David Friedrich, À bord du voilier, 1819 / « Et finalement ils arrivèrent sur l’île »

L’épopée commença à 2 heures du matin, au croisement de la rue Guersant et du boulevard Gouvion-Saint-Cyr. Après deux heures de marche dans l’obscurité, à escalader les barrières et à se déplacer cachée le long de la seconde ceinture de sécurité, la petite troupe était presque arrivée à destination, et s’attendait à voir apparaître l’eau devant elle. Il n’en fut rien : un long boulevard haussmannien apparut à la place. Les membres de l’expédition en furent paralysés. Étaient-ils de retour sur l’île ? Avaient-ils marché pendant deux heures dans la direction opposée ? Totalement frustrés, ils firent demi-tour, espérant cette fois prendre la bonne direction. Ils se hâtèrent autant que possible ; l’autre côté du Périphérique atteint, ils se retrouvèrent à nouveau dans le boulevard haussmannien. Comment avaient-ils pu revenir au même endroit ? Ils étaient perplexes.

4_ La seconde expédition secrète : « Bon Lieu II »

Une seconde expédition fut rapidement organisée. Cette fois, ses membres tentèrent d’atteindre la limite de l’île en bateau, par le fleuve et les canaux. Ils partirent du bassin de la Villette, traversèrent le parc et virent bientôt le Périphérique face à eux ; ils y étaient presque et s’apprêtaient à découvrir une étendue d’eau. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque, après avoir franchi le Périphérique, ils découvrirent qu’il y avait non pas un océan infini mais un vaste territoire urbanisé !

5_La découverte du Nouveau Monde

Les explorateurs n’en croyaient pas leurs yeux. L’île n’était pas une île. Ils avaient découvert un Nouveau Monde ! Tout étonnés, ils poursuivirent leur navigation. Ils documentèrent tout ce qu’ils virent : de vastes zones industrielles, des versions réduites du Périphérique… et collectèrent des fragments des matériaux et des espèces qu’ils trouvèrent. Ils se demandaient si ces territoires étaient habités. Ils arrivèrent bientôt à ce qui semblait le quartier d’une grande communauté. Lequel était composé de nombreux blocs réguliers, fins et longs, tous conçus dans la même harmonie. Les blocs étaient parfaitement distribués dans une composition orthogonale et entourés de généreux espaces extérieurs. Ils en étaient stupéfaits. Ce quartier semblait avoir anticipé dans sa conception une possible future densification. Il pouvait être une solution au déficit d’espace dans Paris. Ils le trouvaient prodigieux, visionnaire, et venaient de comprendre pourquoi cet endroit était appelé Bon Lieu. Quatre jeunes hommes – des locaux – s’approchèrent des explorateurs pour leur demander une « clope ». Surpris par leur langage, qu’ils assimilaient malgré tout à du français, ceux-ci les interrogèrent sur le nom de ces fantastiques quartiers. Les locaux répondirent, légèrement étonnés : « La Téci. » Puis, devant l’incompréhension de leurs interlocuteurs, ils rectifièrent par : « Grands Ensembles ». Grands Ensembles ! Les habitants de l’île étaient fascinés par ce nom. Grands Ensembles… C’était poétique : « Grand » représentait la magnificence du concept et « Ensemble » le désir de convivialité : la « Grande Convivialité ». La nuit tombait. Ils ne pouvaient plus attendre pour révéler leur extraordinaire trouvaille dans l’île. Le gouvernement pourrait développer de nouvelles politiques pour le logement, augmenter les réseaux de transport… Un futur rayonnant pour Paris ! Mais, plus ils y pensaient, plus ils réalisaient que les autorités connaissaient de toute évidence l’existence du Nouveau Monde, mais qu’elles l’avaient gardé secret. Pourquoi avaient-elles privé Paris du Bon Lieu ? Le Périphérique n’était pas un système de défense pour Paris, c’était sa propre prison.

6_Les échanges secrets

De retour sur l’île, les membres de l’expédition préservèrent le secret de leur découverte. Ils recrutèrent environ trois cents explorateurs, qui finirent par déménager clandestinement au Bon Lieu, fatigués de leurs petits appartements parisiens et des prix excessifs. Tous voulaient vivre dans un Grand Ensemble. Les mois suivants, ils organisèrent une douzaine d’excursions qu’ils consacrèrent à la recherche de Grands Ensembles. Pour aider les nouveaux membres à identifier un Grand Ensemble, ils avaient défini cinq conditions élémentaires : un Grand Ensemble accueillait une très large communauté et se composait de longs blocs qui partageaient un langage similaire ; ils suivaient généralement une composition orthogonale ; ils se caractérisaient par une certaine répétition dans l’ordonnance de leurs façades ; et ils étaient entourés par un grand nombre d’espaces extérieurs. C’est en suivant ces indications qu’une des expéditions avait fait une incroyable découverte. Les explorateurs avaient trouvé le légendaire Grand Ensemble où le roi vivait des siècles plus tôt, le fameux château de Versailles : la légende était donc vraie !

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Le Château du Chêne-Pointu / « Un grand jardin, pour un grand ensemble »

Le château était une version antérieure aux Grands Ensembles, mais il en avait l’essence ; il pouvait accueillir une très large communauté ; il était long et régulier ; il suivait une composition orthogonale ; il y avait des répétions dans sa façade ; et il était entouré par une grande quantité d’espaces libres, qui, dans ce cas particulier, étaient bien traités et ornementés. Les explorateurs trouvaient ces jardins magnifiques et ils les implantèrent dans d’autres Grands Ensembles. De plus en plus d’artistes s’installèrent secrètement au Bon Lieu. Un jour, un couple célèbre, qui avait enveloppé des années plus tôt le pont Neuf à Paris, proposa de faire l’une de ses emblématiques interventions sur un Grand Ensemble. Le résultat fut spectaculaire ; tous dans le Nouveau Monde l’admiraient. Mais cette popularité causa un tournant dans l’histoire de Paris. Des images s’échappèrent accidentellement sur l’île. L’existence du Bon Lieu ne pouvait plus être niée.

7-La fin de l’île

Malgré les efforts des autorités pour censurer toute information sur le Nouveau Monde, les rumeurs s’étaient renforcées ; particulièrement sur ces « communautés secrètes aux espaces généreux et aux logements accessibles ». Depuis l’infiltration dans l’île de l’image du Grand Ensemble empaqueté, la situation était devenue critique. L’existence d’un Nouveau Monde au-delà de Paris était évidente. Les autorités restaient silencieuses. Les mois suivants, confusion et désorientation régnèrent parmi les Parisiens. Ceux-ci avaient désespérément besoin de savoir ce qui se passait au-delà du Périphérique. Ils imaginèrent tous types d’artéfacts pour le traverser et demandèrent des explications aux autorités. Celles-ci confièrent finalement que Paris n’était pas une île, mais l’ouverture du Périphérique fut refusée au motif qu’il assurait la protection depuis l’extérieur, parce que Paris n’était pas seul. Les habitants de l’île n’acceptaient plus de vivre emprisonnés. Ils envahirent les rues pour défendre leur liberté et clamer leur droit au Bon Lieu ; ils tentèrent de traverser en masse le Périphérique, causant des centaines d’accidents fatals. Neuf cimetières en résultèrent, autour de la ceinture intérieure du Périphérique. Paris était à la limite de l’effondrement et les autorités devaient faire face à la situation. Un jour de novembre, la presse annonça finalement l’imminente destruction du Périphérique. Deux jours plus tard, ce fut chose faite. Les historiens racontent que les emprises libérées par le Périphérique s’étaient urbanisées à une vitesse jamais vue. Les Parisiens devaient supprimer de leur territoire toute trace de cette honteuse séparation.

8_L’euphorie

Les années qui suivirent la destruction du Périphérique furent considérées comme une période palpitante d’échanges – les Parisiens étant avides de découvrir le Nouveau Monde, le fameux Bon Lieu. Il était conseillé de le faire avec des tour-opérateurs certifiés. Les circuits intégraient des lieux légendaires : le paradis des enfants, l’Arche ou encore le Grand Ensemble de Versailles.

Mais les Grands Ensembles étaient sans aucun doute devenus la destination privilégiée des Parisiens, captivés par l’espace, la quantité de lumière naturelle, les vues, les formes… si bien que certains groupes commencèrent à vendre petit à petit leurs appartements parisiens et à déménager dans le Nouveau Monde. Cette tendance devint grandissante. Des personnalités montrèrent même un intérêt immédiat pour ces nouveaux territoires.

9_Un nouveau contour pour Paris

Après la destruction du Périphérique, de fortes synergies se créèrent entre les territoires situés de part et d’autre. Le 18e arrondissement trouva en Saint-Denis et Aubervilliers de parfaits partenaires, et fut le premier à abandonner la limite de Paris. Le 16e, qui partageait de grandes similitudes avec son voisin Neuilly-sur-Seine, s’allia avec lui, entraînant le bois de Boulogne dans cette alliance. Le bois de Vincennes était revendiqué par les communes adjacentes du Val-de-Marne. Et, finalement, le 20e découvrit simplement qu’il formait avec Les Lilas, Bagnolet et Montreuil un même ensemble géographique.

10_ L’enseignement de la Banlieue

L’intérêt décroissant pour Paris entraîna la réduction des prix, devenus abordables pour les habitants du Nouveau Monde – les « bon-lieusards », qui appréciaient la vie des rues parisiennes, ses cafés et ses boutiques, son activité au rez-de-chaussée… Certains bonlieusards commençaient à s’installer à Paris. Habitués à vivre dans des appartements neufs, ils firent quelques adaptations. Mais personne ne semblait l’avoir vraiment noté, les rues conservaient leur animation et leur dynamisme. Afin de réduire l’exode des Parisiens vers les Grands Ensembles, certains promoteurs demandèrent la permission d’implanter ceux-ci dans Paris. Ce à quoi les autorités consentirent à condition d’une intégration respectueuse de la structure de la ville. Petit à petit, la morphologie de Paris – à peine touchée depuis des décennies – commença à se transformer subtilement.

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Le Louvre à échelle humaine / « La découpe, un savoir-faire du Bon Lieu ! »

Les bon-lieusards qui s’installèrent à Paris voulaient mettre à profit leur « savoir-faire » pour contribuer à faire de leur ville d’accueil un endroit plus agréable. Ils savaient que dans le Nouveau Monde les longs bâtiments étaient considérés comme peu plaisants, et étaient divisés en unités plus petites. Lorsqu’ils découvrirent que Paris partageait également ce problème, ils se lancèrent dans un projet test avec le plus long bâtiment jamais vu : une construction très grande, parallèle au fleuve, mesurant 675 mètres de long, avec un périmètre continu de 1,6 kilomètre, qu’ils proposèrent de découper harmonieusement en huit pour permettre une meilleure accessibilité.

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Paris Street Life / « … et personne ne s’en était aperçu »

11_ L’enseignement de Paris

Dans le Nouveau Monde, les nouveaux habitants – habitués aux logiques parisiennes – établirent un plan pour créer des pôles d’attraction dans le territoire. Le parc de Sarcelles, d’une superficie de 150 mètres par 300, est devenu un Champ-de-Mars idéal pour accueillir une tour Eiffel. De nombreux arcs de triomphe ont été érigés dans des Grands Ensembles, comme à Épinay – suivant une composition parfaite et équilibrée avec les bâtiments existants – ou à Sarcelles, où, extraordinaire coïncidence, les tours avaient les mêmes dimensions que l’arc : une seule a dû être détruite. L’élégante monumentalité de l’esplanade en béton à Chêne-Pointu a pu être améliorée par l’obélisque de Louxor, qui fut démonté et transporté directement depuis Paris, comme il l’avait été depuis l’Égypte, puis remonté ; l’opération fut aisée, car les instructions d’assemblage figuraient sur sa base. Voir ces anciens symboles dans le Nouveau Monde apporta une certaine nostalgie aux quelques ex-habitants de l’île, qui introduisirent des façades haussmanniennes sur les Grands Ensembles.

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L’Étoile du Grand Paris / « Les typologies du Grand Paris rayonnent »

12_La réduction de Paris : le « Périphérique des Fermiers généraux »

Si la plupart des Parisiens se réjouissaient de la découverte du Nouveau Monde, certains observaient avec suspicion tout ce qui venait du Bon Lieu et s’inquiétaient de l’absence de limite. La société se divisait. Le groupe conservateur proposa au cours d’une assemblée secrète la reconstruction du Périphérique pour retrouver l’ordre disparu. Après de longues discussions, un comité approuva secrètement l’idée. À la recherche des plans originaux du Périphérique, un membre du comité tomba sur le plan d’un Paris bien plus petit, entouré par un autre type de périphérique appelé Périphérique des Fermiers généraux. Il avait découvert l’« authentique » limite de Paris ! Ce plan révélait que certains quartiers n’avaient pas toujours fait partie de Paris. Montmartre, La Chapelle, Bercy, La Villette… étaient des imposteurs. L’assemblée obligea ces territoires pseudo-parisiens à avouer ; la nécessité de fixer une nouvelle limite était devenue impérative et une annonce officielle fut publiée, dévoilant les traces du nouveau Périphérique des Fermiers généraux. Cette annonce prit par surprise une société tout juste remise des blessures du précédent Périphérique. Des milliers d’habitants envahirent les rues et de violentes émeutes s’ensuivirent. D’autres habitants avaient perdu tout optimisme et déménagèrent vers le Bon Lieu, générant un second exode des Parisiens vers le Nouveau Monde. Grâce aux nouvelles techniques de préfabrication, le Périphérique des Fermiers généraux devint immédiatement réalité. À la recherche d’une version plus authentique et « parisienne » de lui-même, Paris dut diminuer. Paris n’a jamais eu conscience que cette logique allait l’entraîner vers son éventuelle mort.

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L’Arc de Triomphe d’Épinay ? / « Ils se mirent à construire des emblèmes »

13_Où est la fin ?

Alors que la limite de Paris était de plus en plus définie, les habitants du Nouveau Monde commençaient à s’interroger sur la leur. Les locaux semblaient confus à ce sujet. L’un des nouveaux venus parisiens, un étudiant en architecture, décida d’investiguer lui-même la question. Il prit son Vélib’ et partit à la recherche de la limite. Il interrogeait parfois les locaux pour savoir s’il était toujours dans le Bon Lieu, mais tous avaient des réponses différentes. L’étudiant continua donc à pédaler, à pédaler… Après plusieurs mois, son Vélib’ fut retrouvé à Bamako, en Afrique de l’Ouest. La confusion fut à son comble lorsque les locaux furent interrogés sur le nom réel de ce qu’ils appelaient le Nouveau Monde. Les réponses étaient toutes aussi différentes les unes que les autres : « agglomération parisienne », « banlieue », « Métropole Grand Paris », « Métropole Paris Île-de-France », « département de la Seine », « Paris », « métropole parisienne »… Mais un jour la réponse fut : « Grand Paris ». Tout le monde sentit que Grand Paris était le nom – celui qui représentait vraiment ce que le nouveau territoire était : un Grand Paris, pas « Grand » parce qu’il était une extension du petit Paris central, mais parce qu’il en était une version sublimée. Le Grand Paris : tel serait le nom du Nouveau Monde.

14_Paris est devenu sa propre banlieue

Le déclin de sa population affectait énormément Paris. Les touristes visitaient le Grand Paris sans même passer par Paris, se précipitant pour voir les nouveaux symboles, les Grands Ensembles, le Nouveau Monde. Des nouveaux souvenirs du Grand Paris furent produits. La plupart des cafés, boutiques et restaurants durent fermer dans Paris pour rouvrir dans le Nouveau Monde. Les rez-de-chaussée « visionnaires » des Grands Ensembles, qui avaient patiemment attendu d’être remplis, furent finalement occupés par des activités. Alors que le Nouveau Monde se remplissait, les rues de Paris se vidaient. Les axes les plus prestigieux furent les premiers à souffrir de la décadence, avant de devenir image courante. Des bâtiments entiers furent abandonnés. Il n’y avait plus de budget ni de nouveaux investissements. Paris était devenu un endroit dangereux. Le Tour de France déplaça sa ligne d’arrivée dans la Cité des 4000, du fait de l’insécurité dans Paris. Les objets précieux furent évacués jusqu’à ce que la situation s’améliore. Une chance pour exposer Mona Lisa dans le Grand Paris. Il était devenu évident que Paris ne serait plus jamais la ville qu’elle avait été. Quoi qu’il en soit, c’était une illusion, un rêve insoutenable pendant de nombreuses années. Paris pensait pouvoir être un centre sans périphérie. Paris était maintenant devenu sa propre banlieue.

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La rue de Rivoli ? / « Pas d’urbanité sans rez-de-chaussée »

15_Réécrire l’histoire

Les nouveaux habitants du Grand Paris ont toujours porté un intérêt grandissant pour les nouveaux territoires. Ils souhaitaient en faire partie intégrante ; ils voulaient trouver un dénominateur commun, comprendre les logiques, le « langage », les formes… du Grand Paris. S’ils ont passé une grande partie de leur vie à deux pas du Nouveau Monde, ils en ont été cruellement privés…

Le Grand Paris devait être intégré à leur histoire. Ils ont réécrit les livres, édité des peintures… pour construire un passé commun qu’ils n’ont pas eu le droit d’avoir. Dans le Nouveau Monde, chacun, locaux ou ex-habitants de l’île, partageait la même idée : « Construisons le Grand Paris ensemble. »

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Rue de Grand Paris, temps de pluie d’après Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, 1877 / « Ils réécrivirent une histoire commune »

De l’autre côté, le destin de Paris se poursuivait comme annoncé. C’était une question de temps avant qu’une carte plus ancienne de Paris avec son périmètre « original » soit trouvée et qu’un nouveau périphérique apparaisse. Cinq périphériques supplémentaires firent entre-temps leur apparition : le Périphérique de Louis XIII, le Périphérique de Charles V, le Périphérique de Philippe Auguste… Chacun plus petit que le précédent… pour finir avec le Périphérique gaulois – Paris était revenu à sa configuration originale : une vraie île, l’île de la Cité. Dans sa progressive réduction à la recherche d’un Paris « réel », Paris a inconsciemment disparu. C’était la dernière étape avant de devenir Grand Paris. L’histoire de Paris, aussi incroyable qu’absurde, est devenue une légende du Grand Paris.

Epilogue : L’évolution du Mythe de Pâris

Des milliers d’années après la prophétie, le mythe grec de Pâris a évolué vers une nouvelle fin : Pâris mourut et sauva sa terre natale.

Fin —

Télécharger l’étude complète de l’équipe STAR STRATEGIES + ARCHITECTURE sur le thème « Systèmes Métropolitains »

STAR STRATEGIES + ARCHITECTURE, Membre du Conseil scientifique de l’Atelier International du Grand Paris
Étude réalisée pour l’Atelier International du Grand Paris – Commande «Systèmes Métropolitains du Grand Paris» / Octobre 2013

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