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Comment construire une metropole en accord avec ses habitants ? – tribune de Dominique Perrault

Dominique PerraultCette tribune est parue sur le site de Libération

Pour l’architecte et urbaniste Dominique Perrault, les nouvelles habitudes métropolitaines sont des données essentielles pour penser la ville de demain.

La métropole n’a pas attendu d’être officialisée pour exister. Nous, grand-parisiens, sommes tous des métropolitains de fait depuis des décennies. C’est donc autour et à partir de cette réalité qu’une pensée de la métropole doit être construite.

Qu’est-ce qu’une métropole ?

Or cela ne va pas de soi. Au début des années 2000, institutions et experts ont été pris de court par cette lame de fond sociologique, qui sort de tous les cadres usuels de lecture de la ville et évolue plus vite que nos outils d’analyse. C’est donc avec un certain retard que l’on commence à étudier, à comprendre et à nommer ce phénomène global qu’est la métropole. L’atelier international du Grand Paris (AIGP) aura été un lieu à la pointe de l’exploration du fait métropolitain, croisant les regards d’experts d’origines diverses, dans un espace libéré des intérêts politiques, pour mieux comprendre la richesse et la complexité de cette substance urbaine. Faute de vocable formel établi pour parler de la métropole, les conseils scientifiques de l’AIGP sonnaient pour nos auditeurs comme des foires à la métaphore, où l’on parlait médecine, informatique, économie, politique, mécanique quantique, mais curieusement assez peu architecture. Heureusement, si nos prédécesseurs des années 60-70 s’inspiraient du formalisme scientifique pour créer des modèles urbains réducteurs, nous avons la chance de vivre où grâce à Internet et au big data, la complexité n’est plus une barrière mais un objectif du savoir. Au-delà du simple modèle, les externalités, exceptions et couches limites sont devenues la règle. Dès lors, les architectes, urbanistes, sociologues, économistes et autres confrères issus des «sciences molles»¹ ont pu retrouver, grâce à l’AIGP, un rôle de premier ordre dans l’analyse du réel.

Etudier de nouvelles habitudes

Malgré cette ambiance érudite, l’AIGP n’est pas un laboratoire de recherche, ses moyens ne sauraient rivaliser avec ceux de l’Apur ou de l’IAU. Néanmoins, son positionnement libre et son approche collective, proche des habitants et «passagers» du Grand Paris, lui auront permis de tourner une page dans notre manière d’appréhender le fait métropolitain. Là où les centres de recherches analysent prioritairement des enjeux majeurs, l’AIGP a su décrypter les signaux faibles que forment ces changements insignifiants dans nos habitudes quotidiennes et nos usages. De nouveaux rapports à l’habitat, à l’économie, à l’énergie, aux transports, à la culture, à la politique, aux services, au paysage, au sol et au sous-sol augurent des changements sociétaux d’ampleur dans les années à venir, qui impacteront toutes les échelles de la gouvernance territoriale. Au lendemain de l’officialisation de la métropole du Grand Paris, c’est là que je perçois le meilleur des rôles possibles pour l’AIGP : celui d’un Conseil capable de préserver cette liberté de pensée et de parole devant les enjeux métropolitains, tout en soutenant la qualité du débat public. ¹Sciences humaines et sociales, par opposition aux sciences dites «dures», naturelles et formelles.

DOMINIQUE PERRAULT
Architecte-urbaniste, membre du Conseil de l’AIGP

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