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Comment construire le Grand Paris ? – tribune de Paul Chemetov

Paul ChemetovCette tribune est parue sur le site de Libération

L’architecte Paul Chemetov préconise la création d’infrastructures et d’une gouvernance en accord avec les réalités de la métropole parisienne.

La métropole parisienne est un noyau dense. Paris concentre le cinquième de la population sur 1% du territoire de la métropole, la première couronne, un territoire six fois plus grand, réunit le tiers de la population et la grande couronne rassemble presque la moitié de la population sur les 9/10° de ce même territoire.

Il faut accepter l’idée que les limites n’existent pas dans une telle situation et que l’on doit considérer la métropole comme un patchwork dans lequel les terres agricoles et les forêts doivent garder leur place. Pour que Paris, dont la population n’atteint pas aujourd’hui le centième de l’humanité, reste une ville monde au même titre que Londres, New York ou Tokyo, il faut non seulement créer des logements, mais aussi un réseau de transport cohérent.

Logements et transports en commun

Nicolas Sarkozy proposait, lors de son mandat de Président, 70.000 logements par an, pour une métropole qu’il s’obstinait à nommer Grand Paris. On en est loin. L’investissement que Paul Delouvrier, délégué général au district de la région de Paris de 1961 à 1969, obtenait pour les villes nouvelles, les autoroutes et le RER n’a pas eu de suite. A la fin des Trente Glorieuses, la France construisait d’ailleurs plus de 500.000 logements par an ! Depuis 30 ans, nous sommes en panne dans ce domaine et cela se voit. On comprend donc, dans une telle situation, que la presse et les citoyens soient désenchantés.

L’ancien département de la Seine a été rétabli alors qu’un réseau de transport en commun maillé n’a pas donné au territoire de la métropole sa cohérence. Même dans un tissu distendu, il faut tout de même pouvoir accéder aux bassins d’emploi autrement qu’avec la seule option de la voiture individuelle.

Casser la barrière du périphérique

Non seulement la limite administrative extérieure a été rétablie, mais de façon symbolique le souhait de Nicolas Sarkozy, qui consistait à construire les tours les plus hautes d’Europe, s’exauce sous nos yeux. Ce qui était hier l’enceinte de Thiers, puis le périphérique sont à nouveau balisés par le Tribunal de Grande Instance de Paris, la tour triangle d’Herzog et de Meuron et les tours de Jean Nouvel.

Il appartient maintenant à la métropole de ne pas attendre 2030 ou 2050 pour achever le réseau des transports, pour mettre fin à la rareté et à la cherté des logements, pour trouver des formes de représentation politique d’une démocratie métropolitaine et faire de l’atelier international le lieu permanent du débat. L’atelier deviendrait-il une machine à commandes et non un laboratoire permanent ? Voilà l’objet du débat d’aujourd’hui, qui mérite encore de s’ouvrir et de se développer. L’invention métropolitaine est à cette condition et à ce prix.

PAUL CHEMETOV
Architecte

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